Commentaire sur le sefer Yetsira
Commentaire sur le sefer Yetsira
Auteur: Saadia Gaon.
₪70

Le Séfer Yetzira est le plus ancien traité hébraïque de cosmogonie où l’on traite exclusivement de la formation du monde. S’il est attribué par la tradition au patriarche Abraham, puis par les cabalistes médiévaux à Rabbi Aqiba, on estime cependant qu’il fut composé entre les 3e et 6e siècle; Éléazar ha-Qallir en a fait mention dans ses poèmes. Il nous est parvenu sous deux versions, l’une courte (dite, dans les éditions imprimées, penim, interne) et l’autre longue (dite tosséfet, addition), cette dernière comportant d’importantes variantes. En outre, il existe de la version courte différentes moutures : celles de Saadia Gaon, du Rabad (R. Abraham de Posquières) et du Gaon de Vilna (R. Élias Zalmann). Ce premier, qui fait remonter la composition du Séfer à l’époque de la Michna, indique qu’il existait déjà en son temps de nombreuses variantes du texte. Les deux versions, courte et longue, étaient diffusées dès le 10e siècle, ce qu’attestent les plus anciens manuscrits, notamment celui de la Gueniza du Caire (publié en 1947). Quoi qu’il en soit de ces variations, l’idée centrale de l’ouvrage n’en demeure pas moins la même: la formation du monde par le moyen des lettres (hébraïques) et des chiffres, grâce à leurs combinaisons multiples, mots et nombres à la fois. Lettres mères, doubles, élémentaires, sefirot enfin. Les lettres s’assemblent et composent des mots, et les mots composent avec les nombres, et contractent avec eux d’étranges liens. Il semble ainsi, à travers ces échanges, que le sens se fonde dans la quantité, et que celle-ci vienne à signifier. D’une lettre à l’autre, l’énumération jointe à la signification, le monde devient sens et quantité; c’est là la trame de tout le Séfer Yetzira, son mystère. Mystère au-delà duquel le nombre se résorbe dans la lettre; où le quantifiable ne dénie pas le sensible; où le rationnel n’échoue pas contre le mathématisable.